Titre blanc

Mini-Hollywood

Posted in 1951

“Quel temps fait-il à Paris ?” demande la chanson dʼHubert Rostang reprise dans le film (son). A Saint- Marc, il vente et il pleut : le tournage sera prolongé jusquʼau 22 octobre 1951.
Certes la Salmson AL3 de 1924 pétaradante de Monsieur Hulot étonne les Saint-Marcois mais ceux-ci, plutôt familiers des voitures dʼavant guerre, sont épatés par lʼAronde toute neuve dʼAndré Dino, le photographe.

La distribution ne compte que deux acteurs professionnels : Milly Mathis et Christian Duvaleix qui nʼont dʼailleurs que des rôles insignifiants. Les autres sont une amie dʼamis : Jacqueline Schillio, alias Nathalie Pascaud dans le rôle de Martine, son mari dans celui de M. Schmutz, ou des habitants de Saint-Marc ou des estivants. Parmi eux plusieurs enfants qui ont gardé le souvenir de cet été pour eux si singulier.

Saint-Marc-sur-Mer-en-1951-3Les Saint-Marcois ne connaissent pas lʼenvers du cinéma.

Si lʼon excepte les patronages, Saint-Marc ne dispose pas de vraie salle de cinéma. Coïncidence, la première pierre du futur cinéma Jean-Bart est
posée par le maire de Saint-Nazaire, François Blancho, pendant le tournage à lʼoccasion de la fête locale qui a lieu au mois dʼaoût. “La troupe de Monsieur Tati” participe aux festivités en présentant un numéro de musichall ; Jour de Fête est projeté en plein air, sur un drap tendu dans la cour de lʼécole privée.

Témoignages de certains des jeunes figurants :

Ces adultes nous emmerdaient, dʼautant quʼils venaient sur nos terre et, en plus, pour modifier le décors dʼun territoire qui, dans notre réalité dʼenfant, nous appartenait. Ils sʼinstallaient sur notre plage, faisaient passer des câbles, investissaient notre espaces”.
“Nous avions du mal à comprendre ce quʼils faisaient. Nous n'avions aucune culture cinématographique, nos parents non plus. On voyait ce grand mec assis dans un bateau pointu, habillé en touriste, un pot de peinture posé à côté.
Trois gars équipés de cannes avec des moulinets -un instrument qui nous était inconnu, nous qui pourtant pêchions à la ligne-, lʼun placé sur al jeté, lʼautre sur le sable, le troisième sur le rocher de la Belle-en-cul, faisait passer le pot d'un côté à lʼautre du bateau. Nous trouvions cela complètement farfelu !” Pierre Joubert.
“De même quand nous voyions ce grand type courir vers la guimauve qui menaçait de tomber. Nous ne savions pas ce quʼétait la guimauve. Après le tournage , nous avons pu nous la partager ; cʼétait délicieux” Michel Biroc (?)
“On guettait les touristes qui allaient ouvrir la porte de la fausse entrée de lʼhôtel.
On était aussi ravi de voir les comédiens faire semblant dʼentrer et se presser enter la façade factice et le mur”.

En raison du mauvais temps, le tournage va se poursuivre après la rentrée scolaire.
Tati va chercher les jeunes figurants à la sortie de lʼécole ; ils ont droit à un tour du bourg en jeep et, après leur prestation, à une sucette au lait Pierrot Gourmand.
Lʼun de ces figurants se fait remarquer : Tintin, le cheval blanc, en fait un mulet loué à un paysan. Lassé des chatouilles au ventre quʼon lui prodiguait pour le faire ruer, il quitte le plateau de tournage et sʼen va par la butte du château pour regagner son écurie située à  quelques kilomètres de là.

Outre les gags prévus dans le déroulement du film, le tournage est émaillé par les blagues imaginées par Tati et ses équipiers. Lʼune des plus mémorables étant, à la fin du tournage, celle qui a consisté à hisser la voiture du maquilleur Jacques Chanteau sur lʼautocar qui transporte les touristes dans le film.

Le départ de Tati et de son équipe laisse un grand vide à Saint-Marc.
Témoignage dʼAndré Joubert : “Tout Saint-Marc avait vécu à son rythme. On disait : Tati tourne cet après-midi ; Tati nʼa rien pu faire ce matin. Cet été 1951, nous avons passé de belles vacances !”

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